Le Québec est le Canada que nous devrions vouloir

The following is a French translation of my post from yesterday, “Quebec is the Canada We Should Want” kindly and expertly translated by Murielle Cayouette. Ms. Cayouette is an M.A. candidate for a “maîtrise en littératures d’expression anglaise” at université Laval and her thesis is on Native American Literature.  She also teaches part time in Cégep FX Garneau in Québec City.

Ce qui suit est une traduction française de mon post d’hier, “Quebec is the Canada We Should Want” traduit aimablement et de façon experte par Murielle Cayouette. Mme. Cayouette est un candidat à la maîtrise d’un “maîtrise en littératures d’expression anglaise” à l’Université Laval et sa thèse sur la littérature amérindienne. Elle enseigne aussi à temps partiel au Cégep FX Garneau à Québec.

Quand j’étais petit, j’adorais les cartes géographiques.  J’aimais rêvasser devant ces représentations tangibles d’endroits mystérieux que je ne pouvais qu’imaginer.  Quand j’avais huit ou neuf ans, mes parents m’ont acheté une mappemonde pour afficher sur mon mur de chambre.  Chaque pays sur la carte était coloré selon la langue officielle de chaque nation.  J’ai un souvenir très tendre de l’affection que je portais au Canada sur cette carte, avec ses vives rayures bleues et rouges représentant l’anglais et le français.  En fait, je crois qu’il s’agit de mon premier souvenir de fierté, en particulier en comparaison avec la grosse masse juste au sud, les États-Unis, qui eux n’étaient que rouges.  Ce n’était pas seulement une question linguistique : c’était une question d’unité, de diversité, et de ce que c’est d’être un Canadien.

Lorsque j’eus grandi et que j’eus visité une bonne partie du pays, habitant durant plusieurs années dans divers coins du Canada, ces sentiments furent renforcés.  Mais au cours des derniers mois, après avoir quitté le Québec au bout de sept ans pour m’installer à Toronto, et après avoir été témoin des manifestations des étudiants québécois et de la façon agressive avec laquelle les médias de masse les ont traités comme des enfants gâtés, ce souvenir d’enfance du Canada fut quelque peu ébranlé.  J’en suis venu à réaliser que le Québec, une province si souvent préoccupée par ce qui la rend différente du reste du pays, est en fait le dernier bastion de ce que je crois être le Canada, celui avec lequel j’ai grandi et que je voyais dans les rêveries de mon enfance en regardant au cœur de ma mappemonde.

Le mouvement de contestation étudiante est seulement un élement caractéristique du Canada que je vois dans le Québec actuel.  La section éditoriale du Globe and Mail a écrit ce matin que le compromis du premier ministre Jean Charest avec les étudiants « envoyait un message que les acquis sociaux (entitlements en anglais) du Québec ne dureraient pas éternellement ».  L’article poursuivait en décrivant les acquis en question : garderies à 7$, les frais de scolarité les plus bas au Canada, l’hydro-électricité subventionnée et des médicaments abordables.  L’utilisation du mot entitlements était un mauvais choix, un choix que le Globe a fait comme une pointe à ceux qui croient que ces entitlements sont une composante essentielle de notre nation.  Ici, le ton emprunté donne au terme une connotation négative qui suggère que le Québec est l’enfant irascible et gâté du Canada.  De mon côté, je les perçois comme des nécessités sociales qui ne sont pas seulement fondamentales à la condition humaine, mais aussi au succès d’une social-démocratie.

Malgré le fait que cette question soit ouverte au débat, on peut concevoir que l’unicité du Québec a grandi et s’est épanouie dans le dernier quart de décennie, ce qui est ironique si l’on considère que le mouvement séparatiste craint par-dessus tout un Québec assimilé et abâtardi.  Le fait est que la province est une société distincte, et qu’aucun accord du Lac Meech ou référendum n’est nécessaire pour en venir à cette conclusion.  Y a-t-il un autre endroit au Canada qui possède une cuisine aussi distinctive?  Je sais, je sais, les Maritimes ont leurs fruits de mer et Terre-Neuve regorge de fous imbibés de Screech qui mangent une dizaine de variétés de morue différentes.  Mais, soyons réalistes, leur population compte 6 personnes tout au plus… et ils n’ont même pas d’équipe de la LNH… que dire de plus?  Le Québec pour sa part peut se vanter de ses tourtières, de ses cretons, de ses fèves au lard, de sa soupe aux pois, de ses plats à base de sirop d’érable, de son poulet rôti, de ses cabanes à sucre et de ses bagels… ah, les bagels!  Cela fait 6 mois que j’habite à Toronto, et je m’ennuie des bagels montréalais comme un noyé s’ennuie de l’oxygène.  Et nul besoin de parler de la poutine… Oh, la Banquise, je t’aime, et tu me manques atrocement!!!

Il y a une progression au Québec, tant au niveau social que culturel, que l’on ne retrouve pas dans le reste du Canada.  Ne pensez pas que je n’aime pas le reste de ce pays, au contraire, mais dans la dernière décennie, il me semble que nous nous sommes assimilés, embourgeoisés, et je ne parle pas seulement de l’ajout de Starbucks et de Tim Hortons à la grandeur du territoire.  Je crois que ce phénomène est étroitement lié à une mouvance idéologique vers la droite, à une préférence du capitalisme au lieu du socialisme.  Il est possible que ce soit simplement le mélange entre le français et l’anglais qui donne au Québec cette fausse impression de progrès.  Mais dans tous les cas, le Canada s’est bâti sur de solides programmes sociaux et sur une notion de nationalisme, et il me semble étrange que de toutes les provinces, seul le Québec continue à poursuivre ces idéaux.

À Toronto, j’ai toujours l’impression que nous sommes en opération séduction, que nous devrions sortir dans les bars avec nos talons de paye et nos hypothèques imprimées sur nos t-shirts Gap, et que le reste du Canada n’a aucune importance.  Et nous avons réélu Rob Ford.  Êtes-vous déjà allé à Calgary?  C’est horrible… un peu comme Houston, mais sans bonne bouffe mexicaine.  Calgary suinte le pétrole, l’argent, et les idées de droite.  C’est aussi unilatéralement caucasien qu’un spectacle accoustique de John Mayer.  Tout le monde est parent avec la famille Sutters.  C’est l’environnement où Stephen Harper se sent chez lui.  Le reste de l’Alberta, quant à lui, a sérieusement considéré élire le Wildrose, ce qui dit tout.  Vancouver ne compte pas vraiment étant donné qu’ils n’ont pas de neige, qu’ils sont incapables de faire une émeute de hockey décente et que la ville donne l’impression d’être dans un centre commercial à ciel ouvert.  Au Manitoba il y a trop de mouches noires, et je ne sais même pas où est la Saskatchewan.  La population des TNO et du Yukon combinés est de 12 personnes, et je dois encore vérifier quel territoire a Yellowknife pour capitale…

Je fais ces commentaires à la blague, évidemment.  Mais dans une période où les journaux et le reste du pays condamnent les étudiants qui veulent défendre leurs entitlements, ne devrait-on pas se joindre à leur mouvement de contestation?  Dire que les acquis sociaux du Québec « sont basés sur un modèle européen que même l’Europe ne peut plus se permettre et qu’ils ont débalancé sérieusement les finances publiques de la province » est une porte de sortie facile, tout comme ignorer le succès des nombreux pays (l’Allemagne, le Danemark, la Suède) où les valeurs sociales s’épanouissent au sein du système.

Il y a une richesse, une profondeur dans la culture du Québec qui n’est pas la preuve d’une trop grande outrecuidance, mais plutôt d’une grande clarté d’esprit.  L’âge légal de consommation d’alcool plus bas, les dépanneurs, le culte des stars francophones, l’industrie du film et de la télévision locale en santé, le fromage en grains dans les stations-service, les resto-pubs topless, l’amour unificateur pour les Canadiens et, oui, une longue histoire de contestation sociale… toutes ces caractéristiques définissent un peuple qui n’as pas peur d’exiger des choses de son gouvernement.  Et leurs demandes au nom du Québec qu’ils pensent qu’ils méritent nous mènent aussi au Canada dont nous avons besoin.

Au lieu de condamner les étudiants parce qu’ils veulent que leurs frais de scolarité demeurent raisonnables, pourquoi est-ce que le reste du pays ne se lève pas pour joindre sa voix à la leur?  Au lieu de contester la validité d’un programme de garderies à 7$, pourquoi ne pas en demander autant à Toronto, à Edmonton, à Victoria ou à Dawson City?  La réponse simpliste à cette question, celle qui manque d’ambition et d’ingéniosité, c’est de conclure que de tels programmes sont impossibles.  Que nous vivons dans un monde où les programmes sociaux sont les premiers à être coupés car ils sont considérés comme les moins essentiels.  Parce que dans notre société, un individu qui gagne 150 000$ par année à Calgary n’en a rien à foutre d’une personne qui fait 30 00$ par année à Montréal.  Et selon moi, cette réponse, c’est vraiment de la merde, et ce n’est qu’une manifestation de paresse collective.  Le Canada a été construit sur des principes ambitieux, sur la foi en nos capacités de faire ce que nous voulions de notre pays.  Envoyer paître les étudiants québécois et leur peuple, c’est leur dire qu’ils ne peuvent profiter de leurs acquis sociaux tout simplement parce que nous n’avons pas les couilles de les demander aussi… et ça, ça fait de NOUS l’enfant gâté.

J’ai toujours perçu le Canada  comme un point de rencontre des cultures où elles peuvent trouver un terrain commun à travers les choses mondaines comme le hockey comme à travers les valeurs de justice sociale qu’ils partagent.  J’ai toujours cru que l’une des caractéristiques de base des Canadiens était notre capacité à prendre soin les uns des autres et à donner de la valeur aux contributions de partout à notre culture collective, peu importe le prix pour la société.  Ces valeurs ont donné naissance à notre système de santé universel, à notre système d’éducation subventionné, à nos programmes de crédits d’impôt pour la culture, à notre assurance-emploi publique.  Ce sont ces initiatives qui nous séparés des animaux, ou du moins qui nous séparent des Américains et de leurs choix de société.  Et pendant que la lutte des étudiants se poursuit, j’espère que le reste du pays comprendra cette réalité.  Tout comme les étudiants, nous ne devrions pas avoir peur d’exiger ce en quoi nous croyons.  En faisant cela, ils nous rappellent à tous comment nous en sommes venus à être le Canada dont nous sommes si fiers.

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